Dès que vous quittez l’agitation de Palma, le paysage change radicalement. Le nord de Majorque, adossé à la Serra de Tramuntana, offre une alternative aux stations balnéaires standardisées. Ici, la roche calcaire plonge dans des eaux turquoise et les villages de pierre semblent figés dans le temps. Explorer cette région, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, demande de ralentir le rythme pour découvrir une facette préservée de l’île.
Les villages emblématiques de la Serra de Tramuntana
La Serra de Tramuntana forme l’épine dorsale du nord de Majorque. Cette chaîne de montagnes abrite des villages qui ont conservé leur caractère malgré le succès touristique de l’île. Chaque commune possède une identité forgée par l’agriculture en terrasses et une architecture robuste.

Valldemossa et Deià : l’héritage artistique
Valldemossa constitue souvent la première étape. Célèbre pour avoir accueilli Frédéric Chopin et George Sand, le village séduit par ses ruelles fleuries et sa chartreuse imposante. Pour apprécier le lieu, empruntez les sentiers qui grimpent au-dessus du monastère, là où les jardins laissent place aux oliveraies séculaires. À quelques kilomètres, Deià se dresse sur une colline face à la mer. Ce village, refuge historique d’écrivains et de peintres, exige de bonnes chaussures : ses pentes sont raides, mais la vue sur la Méditerranée justifie l’effort.
Pollença et le défi du Calvari
Plus au nord, Pollença incarne la tradition majorquine. Le cœur de la ville bat autour de sa place principale, mais son emblème reste l’escalier du Calvari. Avec ses 365 marches bordées de cyprès, cette ascension symbolise les jours de l’année. Au sommet, la petite chapelle offre un panorama sur la baie de Pollença et les contreforts montagneux. C’est un lieu de silence, idéal pour observer le découpage complexe de la côte.
Plages et criques : l’alternative aux grandes baies
Si le sud de l’île privilégie les étendues de sable fin, le nord mise sur des criques escarpées, les « calas ». L’accès y est parfois exigeant, mais la clarté de l’eau et la tranquillité des lieux récompensent l’effort.
| Lieu | Accès | Caractéristique | Fréquentation |
|---|---|---|---|
| Cala Deià | Voiture ou pied | Galets, eaux cristallines | Moyenne |
| Cala Tuent | Route sinueuse | Vue sur le Puig Major | Modérée |
| Cala Figuera | Randonnée (20 min) | Falaises abruptes | Faible |
La Cala Tuent figure parmi les plus spectaculaires. Située au pied du Puig Major, le point culminant de l’île, elle propose une plage de galets et de sable grossier. L’absence de grandes infrastructures hôtelières préserve une atmosphère paisible, même en été. Pour les photographes, le contraste entre le vert des pins, l’ocre des roches et le bleu profond de la mer offre une source d’inspiration constante.
La nature comme soupape : randonnée et déconnexion
Le nord de Majorque agit comme une soupape de décompression. En s’élevant sur les sentiers de la Tramuntana, comme le célèbre GR 221, le voyageur évacue le stress urbain. Le rythme de la marche, calé sur le relief accidenté, impose une présence totale. Cette fonction régulatrice du paysage permet de remplacer le bruit des moteurs par le tintement des cloches des chèvres sauvages. On vient ici chercher un équilibre que seule la rudesse de la montagne peut offrir.
Le Cap de Formentor, le bout du monde
Le Cap de Formentor est l’endroit où la Serra de Tramuntana rencontre la mer de manière spectaculaire. La route qui y mène serpente le long des falaises. Le mirador d’Es Colomer est un arrêt obligatoire, offrant une vue plongeante sur l’îlot d’El Colomer. En continuant jusqu’au phare, on atteint la limite septentrionale de l’île. C’est un lieu de vents forts et de lumière pure, recommandé au lever du soleil pour éviter l’affluence des navettes touristiques.
Conseils pratiques pour explorer le nord de Majorque
Organiser une excursion dans cette partie de l’île demande de l’anticipation, car les distances ne reflètent pas les temps de trajet réels sur les routes de montagne.
La location d’une voiture est recommandée pour accéder aux criques reculées. Soyez toutefois vigilant sur la taille du véhicule, car les rues des villages et les routes de corniche sont étroites. Le printemps (avril-juin) et l’automne (septembre-octobre) constituent les meilleures périodes : la chaleur est supportable pour la randonnée et l’eau reste agréable pour la baignade.
Côté gastronomie, ne repartez pas sans avoir goûté une ensaimada artisanale dans une boulangerie de village ou un pa amb oli, pain à l’huile et tomate agrémenté de fromage local. Enfin, la région étant protégée, restez sur les sentiers balisés et ne laissez aucun déchet derrière vous, particulièrement dans les zones isolées où le ramassage est difficile.
En somme, le nord de Majorque ne se visite pas, il s’éprouve. Entre les marches de Pollença et les eaux calmes de Cala Tuent, le voyageur découvre une facette de l’île qui mise sur la qualité de l’expérience. C’est une immersion dans une culture méditerranéenne préservée, où chaque virage révèle un nouveau panorama sur l’un des plus beaux héritages naturels d’Europe.
